Mozilla est un acteur important des technologies riches, notamment grâce à sa technologie XUL et tout ce que l'on peut trouver autour. Pour vous en parler, Laurent a bien voulu répondre à quelques unes de mes questions et je l'en remercie.

Bonjour Laurent, tout d'abord pour ceux qui ne te connaissent pas, pourrais-tu te présenter ?

Je suis développeur. Je travaille avec pas mal de technos, en particulier celles du web. En effet je me suis pas mal impliqué dans la promotion des standards du web en France (contributeur au site http://openweb.eu.org) et je suis l'auteur de quelques projets en PHP dont le framework Jelix. Parallèlement à ça, je fais la promotion des technos Mozilla depuis 2003, au travers de conférences et au travers de mon site xulfr.org, géré maintenant par l'association xulfr. Mon implication dans les technos Mozilla ne s'arrête pas là, puisque chez Disruptive Innovations, je développe des applications avec celles-ci, allant de la simple extension pour Firefox jusqu'à des logiciels plus pointus comme Etna, un éditeur XML wysiwyg, qui nécessitent de modifier Gecko, le cœur de Mozilla Firefox.

XUL n'est pas la technologie riche la plus connue en France (moi-même j'avoue ne l'avoir jamais utilisé). Pourrais-tu nous présenter XUL de manière assez succincte ?

Concrètement, XUL est un langage en XML, qui permet de décrire une interface utilisateur. On a ainsi des balises pour afficher des boutons, des arbres, des menus déroulants, des onglets etc. Il est utilisé depuis des années dans les navigateurs de Netscape et de Mozilla (officiellement depuis Netscape 6), pour réaliser l'interface de ces logiciels. C'est donc un langage mature et relativement complet, dont s'est grandement inspiré Macromedia (racheté par Adobe depuis) lorsqu'ils ont crée Flex ;-)

Cependant, XUL n'est pas tout seul dans le framework Mozilla, et ce qui fait la richesse de XUL, ce sont les autres technologies que l'on peut utiliser conjointement :

  • XBL pour créer ses propres composants d'interfaces
  • javascript pour programmer les comportements de l'interface (que fais-je lors du click sur tel bouton ?)
  • CSS pour le design
  • XPCom pour les composants métiers
  • SVG pour les dessins vectoriels
  • mais aussi XHTML, Mathml, xforms etc.

Ce qui fait que souvent, par abus de langage, on appelle XUL l'ensemble de ces technologies. Notons que, hormis XUL en lui même, la plupart des technologies dans Mozilla sont des standards et que Mozilla est un logiciel libre. Ce qui est un vrai plus pour le développeur au niveau de la capitalisation des compétences et au niveau de la pérennité de la plateforme.

Parlons d'un point de vue plus technologique maintenant. Concrètement, que peut-on faire avec XUL ?

Tout ? :-) Ça va de l'application de gestion de stock, de contenu, au  lecteur multimédia sophistiqué, en passant par des outils de messageries instantanées, de VOIP, des éditeurs en tout genre etc. Les témoignages d'entreprises que l'on trouve sur http://xulfr.org/entreprises/ le prouvent.

L'api de Gecko est très riche et embarque des fonctionnalités modernes, en particulier tout ce qui est lié au web, Firefox oblige. Ainsi, aucun souci de faire un client riche, interrogeant des serveurs par le biais de services web (soap, xmlrpc, ajax, rest...). Mais il y a d'autres types d'API bien sûr, comme DOM/XML, protocoles mail, édition wysiwyg et j'en passe. Firefox 2/XulRunner 1.8.1 embarque même le moteur de base de donnée Sqlite ! Bien entendu, le framework prend en charge certains concepts comme l'accessibilité, la localisation, la mise à jour, la sécurité, la correction orthographique etc. Et il est disponible sur bon nombre de système d'exploitation.

L'avantage de la plateforme Mozilla, c'est son extraordinaire extensibilité, que ce soit au niveau des interfaces utilisateurs (grâce aux overlays XUL et au système d'extension), qu'au niveau des composants métiers en XPCOM (intégration de bibliothèques tierces aisées, pour peu que l'on connaisse C++ ou python), et même au niveau de la prise en charge de nouveau format de fichier (vidéo, son, pdf etc.) grâce aux  système de plugins que l'on connait bien au travers de la balise <object>. Ainsi le multimédia dans une application XUL n'est pas un problème. Il y a d'ailleurs sur xulfr un petit tutoriel qui montre comment développer un media player en quelques lignes de code.

Bref, aucune limite théorique. Les nombreux projets qui reposent sur Mozilla en témoignent (Joost, Etna, codeEditor...).

Notons que l'on peut aussi utiliser XUL dans des applications web, sans  rien installer sur le poste utilisateur. On a moins de possibilité que pour les applications "locales" pour des raisons de sécurité (on ne peut pas accéder aux fichiers locaux par exemple), mais XUL apporte déjà de gros avantages par rapport au HTML que l'on utilise dans les applications web classique ou ajax : moins de javascript à écrire, code plus léger, plus rapide à écrire etc. Et bien sûr, on peut continuer à faire de l'Ajax avec du XUL (utilisation de json, xmlhttprequest etc.). Xul offre même un système de template, basé sur des sources de données en RDF.

De la même façon, qu'est-ce qu'il lui manque ?

Pour XUL en lui même, il lui manque quelques widgets de base, comme des spinbuttons, un calendrier etc. Il manque aussi un meilleur support de SVG et de CSS. Mais la version 1.9 de Gecko (qui sera le moteur de Firefox 3) va combler une grande partie de ces manques, et on peut même déjà tester toutes ces évolutions dans MineField 3.0a3 (le futur Firefox 3) ou XulRunner 1.9a3.

Par le passé, ce qui manquait, c'était la documentation pour les développeurs, mais depuis 1 an ou 2, ce n'est plus le cas grâce aux efforts que l'on a fait à xulfr.org en traduisant des tutoriels, en écrivant des articles dans le wiki. Il y a aussi le site developer.mozilla.org qui progresse très vite et qui contient maintenant énormément d'informations (et une équipe du tonnerre pour traduire les articles anglais !). Même si ce n'est pas complet à 100%, on ne peut toutefois plus trop se plaindre de ce coté là. D'autant qu'avec le forum de xulfr ou le canal irc, on arrive à trouver les réponses manquantes à ses questions :-)

Aujourd'hui ce qui manque vraiment aux développeurs, c'est un environnement de développement complet. Il y a toutefois des efforts fait en ce sens par la communauté. On a par exemple XulBooster, un plugin pour Eclipse très prometteur, qui peut être utilisé dés maintenant pour le développement d'extensions.

Il y a aussi des efforts de fait pour simplifier certaines API rébarbatives de Mozilla. C'est l'objectif  du projet FUEL, qui facilitera grandement le développement d'extension dans Firefox 3, et on l'espère aussi d'applications basées sur XulRunner si c'est aussi intégré dans XulRunner.

Joost, Songbird : on voit déjà que XUL a gagné la confiance des connaisseurs et que le résultat est très bon (j'avoue être un grand amateur de Songbird :D). Aurais-tu d'autres applications XUL à nous présenter ?

  • OpenWengo, qui fourni son client de téléphonie par IP sous forme d'extension pour Firefox.
  • Xul DAIM, un logiciel d'analyse d'images.
  • Deux éditeurs wysiwyg, Nvu et Etna, le premier pour le Html et le deuxième pour tout document XML, développé dans la boîte où je travaille (Disruptive Innovations).
  • Komodo, un IDE multi-langage (licence propriétaire hélas)
  • Flock, un navigateur "social", orienté "web 2.0"
  • Allpeers, une extension fantastique qui transforme Firefox en une plateforme de partage privée. 
  • Sameplace Suite, un client jabber développé par l'équipe de xmpp4moz, des composants pour Gecko implémentant le protocole jabber.
  • Nextweb, un outil de gestion de contenu, dont la partie cliente est en XUL.

Et il y en a plein d'autres. Il y a aussi de plus en plus d'entreprises qui développent leurs applications internes en XUL, sur Firefox ou XulRunner. Je pense notamment à Renault F1, LeMonde.fr, Sixt...

En ce moment, l'actualité concerne Apollo. WPF risque aussi de faire de bruit. Tu as déjà donné ton point de vue sur ton blog où tu es plutôt direct. Pourrais-tu détailler ton avis ?

Je vais d'abord rappeler le contexte, pour que les lecteurs comprennent bien :-)

Toutes les technologies de Mozilla, y compris le XUL donc, sont utilisées intensivement dans Firefox. Jusqu'à il y a quelques années, si on voulait utiliser XUL pour réaliser ses propres applications, il fallait soit faire une extension à la suite Mozilla ou Firefox, soit modifier et recompiler les sources de Firefox sans son interface, ce qui était franchement fastidieux.

Mozilla a eu l'idée il y a 3-4 ans, de séparer le moteur de Firefox, Gecko, incluant toutes les technos de l'interface de Firefox. Ainsi, on pourrait réutiliser facilement Gecko pour exécuter des applications faites en XUL, sans avoir une dépendance à Firefox. XulRunner était né. Il suffit d'indiquer à XulRunner un paquet .app ou un répertoire, contenant les fichiers d'une application XUL, pour que celle-ci s'exécute. Un Apollo-like bien avant l'heure donc.

XulRunner a évolué. La dernière version officielle est 1.8.0.4 (l'équivalent de Firefox 1.5). Il est même maintenant largement utilisé dans bon nombre d'applications (dont parmi les plus célèbres dernièrement, Joost, Songbird, Wengo...).

XulRunner a cependant un aspect "inachevé" : il manque quelques trucs pour attirer plus de développeurs. Et malheureusement, la fondation Mozilla en a ralenti son développement, concentrant ses efforts sur Firefox 3. La raison principale étant que pour Mozilla, Firefox est une priorité, qui fait parti de ses objectifs, alors que XulRunner non. Pour Mozilla, c'est Firefox la plateforme, une plateforme de développement web par excellence.

Sachant ceci, la déferlante Apollo m'a quelque peu agacé. D'un coté on a XulRunner, un produit utilisable, avec un potentiel énorme, qui existe depuis longtemps, contenant des technologies dont XUL, existantes depuis encore plus longtemps. Et de l'autre, on a Apollo et WPF, (dont le premier reprenant tous les principes de XulRunner), débarquant à la faveur d'un raz de marée marketing de la part d’Adobe et Microsoft.

D'où le coup de gueule dans le billet auquel tu fais référence, témoignant d'une certain frustration alors que moi même j'essaie de promouvoir XUL depuis 3 ans :-)

Mais il faut voir ce coup de gueule pour ce qu'il est : un simple coup de gueule. Mon engagement envers les technologies Mozilla est toujours le même. Et surtout, il ne faut pas y voir comme une mort annoncée de XUL/XulRunner, ou je ne sais quoi d'autre de dramatique.

Puisque Mozilla se préoccupe plus de Firefox 3 que de XULRunner, cela ne risque t'il pas d'être dommageable pour les personnes désirant réaliser des applications XUL ?

Je dirais que non. De toute façon, depuis toujours, Firefox a été la priorité chez Mozilla. Mozilla n'a mis qu'un développeur sur XulRunner, et encore, pas à temps plein. Cela n'a pas empêché à XulRunner d'être devenu ce qu'il est, un bon produit, une bonne base pour le développement, même si il a quelques défauts (qui ne sont pas forcément ceux de XUL), et d'être utilisé pour des gros projets, comme ceux que j'ai cité précédemment.

Et puis, puisque XulRunner repose sur Gecko, Xulrunner continue donc d'évoluer "passivement" au rythme des évolutions du moteur Gecko. J'en veux pour preuve que, même si ce n'est pas annoncé officiellement, il y a un XulRunner 1.8.1 (équivalent au moteur de Firefox 2) et un XulRunner 1.9a3 (équivalent du futur moteur de Firefox3), disponible en téléchargement sur le ftp de Mozilla. Donc ces versions contiennent les toutes dernières avancées à tous les niveaux, notamment XUL, SVG, CSS (test acid2 !)...

De plus, XulRunner n'est pas XUL, et XUL n'est pas XulRunner ! Il ne faut absolument pas confondre les deux comme j'ai pu voir sur certains sites ! XUL est un langage, XulRunner est un lanceur d'application XUL, incluant Gecko. XUL et toutes les technologies Mozilla vont continuer d'évoluer, puisqu'elles sont toutes utilisées dans le projet phare (et hautement prioritaire) de Mozilla : Firefox.

Au pire, si XulRunner n'est pas totalement satisfaisant par rapport aux besoins d'un projet, les développeurs peuvent se rabattre sur Firefox, en réalisant leurs applications sous forme d'extensions. Ils profitent de toutes les technologies de Firefox, donc de XUL, SVG etc. C'est ce qu'a fait par exemple Allpeers, avec leur produit de partage de fichiers "personnel".

Quel futur vois-tu pour XUL à moyen terme ?

Si on parle de l'ensemble des technos mozilla, dont le langage XUL, je dirais : un avenir radieux ? :-)

Firefox a 20% de part de marché. Cela ne va pas diminuer à mon avis (Firefox 3 promet !). Ce qui veut dire qu'il y a 20% des utilisateurs qui ont une plateforme XUL installée sur leur poste, donc autant de runtimes XUL qui peuvent lancer des applications XUL (sous forme d'extensions).

L'un des objectifs de Mozilla, c'est aussi de se reposer un maximum sur les standards. C'est déjà le cas en prenant en charge CSS, SVG, RDF, DOM, XML etc. On a aussi par exemple la version 2 de leur langage XBL, qui est sur le point de devenir un standard au W3C. Les spécifications sont maintenant terminées et acceptées. Il ne manque plus que deux implémentations soient réalisées (dont une a débuté chez Mozilla), pour que le processus de normalisation se termine. Il y a aussi un groupe de travail au W3C qui réfléchi à un langage de type XUL. Est-ce qu'ils reprendront le XUL de Mozilla comme ils l'ont fait pour XBL ? On ne sait pas encore. Mais si ce sera le cas, alors cela permettra de rassurer les derniers septiques :-)

De plus Mozilla continue d'innover, en faisant progresser le langage Javascript vers une version 2 (qui est lui aussi en cours de normalisation à l'ECMA, en collaboration avec Adobe et Opera je crois). Mozilla continue d'apporter des améliorations pour les applications web, comme la possibilité d'exécuter des applications Ajax même lorsque l'on est déconnecté, la prise en charge des microformats etc.. Il y a aussi des améliorations au niveau de CSS, notamment de CSS3 (des propriétés CSS que l'on utilise pour le XUL sont en faites des choses qui feront partie de CSS3).

Toutes ces améliorations sont profitables à ceux qui veulent réaliser des applications en XUL, qu'elles soient distantes (web) ou desktop (extensions ou applications xulrunner).

Si on parle de l'avenir de XulRunner : il est moins certain, mais il serait franchement hasardeux de lui prédire avec certitude un avenir sombre, même si Mozilla n'en fait pas un produit officiel. N'oublions pas que c'est un logiciel libre, reposant sur des technologies libres et ouvertes ! Il y a fort à parier que la communauté des développeurs XUL va prendre en charge la suite du développement de ce fantastique produit, surtout quand on voit ce qu'en font les équipes de Joost, Songbird etc. En tout cas, à l'association Xulfr, on ne compte pas en rester là. Stay tuned ;-)

Merci beaucoup pour tes réponses Laurent. On le voit bien, XUL a d'énormes capacités : une technologie éprouvée, des applications "pilotes" réussies, un environnement open source favorable, etc. Mozilla met l'accent sur Firefox 3 et cela leur réussit bien : la seule chose que je souhaite maintenant c'est que XUL arrive à faire encore plus parler de lui et devienne LA solution open source de développement d'interface bureau. A très bientôt j'espère !

Depuis quelques temps déjà je souhaitais enrichir mon blog de quelques interviews, notamment de personnages qui sont au coeur même de l'actualité des clients riches. Voilà enfin la première qui arrive, et c'est Michael Chaize, avant-vente et responsable de la communauté Flex chez Adobe France qui m'a gracieusement offert un peu de son temps pour répondre à mes questions.

Salut Michael, tout d'abord pour ceux qui ne te connaissent pas, pourrais-tu te présenter ?

Salut Fabien. J’ai tout d’abord travaillé dans plusieurs webAgencies parisiennes en qualité d’expert Flash puis j’ai créé la société Sowedoo avec Cyril Reinhard. Ensemble, nous avons construit une offre logicielle centrée autour du format PDF. Cinq ans plus tard, nous avons intégré les équipes commerciales d’Adobe France. Je travaille désormais dans l’équipe avant-vente et suis en charge de développer la communauté des développeurs Flex.

Comment décrirais-tu Flex en quelques mots ?

Flex 2, c’est un environnement de développement de RIA (Rich Internet Application) :

  • Riche, parce que les interfaces des applications sont en Flash et intègrent donc toutes les possibilités proposées par ce format (dessin vectoriel, vidéo, son, effets…) ;
  • Internet, parce qu’un simple navigateur web et le plug-in Flash 9 suffisent pour accéder à l’interface;
  • Application, parce qu’un projet Flex se conçoit comme un logiciel. Il faut raisonner en écrans et plus en pages, en asynchrone et plus en rafraichissement, etc.
  • Il est important de rappeler que le SDK Flex 2 est gratuit et multiplateformes. De nombreuses classes permettent de se connecter rapidement au système d’informations pour récupérer des données et les renvoyer à jour.

Quelle est la cible d'Adobe sur un produit comme Flex ?

Tout développeur désireux de réaliser rapidement des interfaces riches et professionnelles. Notre principale cible est le monde Java. Flex Builder (l’IDE) est en fait un plug-in Eclipse. C’est la première fois qu’un langage objet est dédié au développement de la couche d’interface dans un projet informatique. Le fait de développer dans Eclipse (pour coder, débugger et compiler) plus le fait que l’ActionScript 3 est un langage objet standard ECMAscript très proche du langage Java, permettent aux développeurs J2EE de se sentir très rapidement à l’aise. De nombreux connecteurs aux applications J2EE sont fournis dans le SDK (pour manipuler directement les objets Java côté client, pour se connecter aux données via d’Hibernate, etc…).

Les autres langages ne sont pas en reste. Nous avons publié un Flex SDK spécial PHP et dernièrement un Flex SDK pour Ruby on Rails. Enfin, les applications Flex savent aussi faire appel à des webServices pour récupérer des flux de données, ce qui permet de communiquer avec le monde .NET.

Flex n’est pas une technologie intrusive. Elle propose juste d’enrichir la couche de présentation côté client et pouvoir enfin délivrer des interfaces productives et ergonomiques, qui collent parfaitement aux besoins des utilisateurs. Côté serveur, rien ne change : le serveur d’application, la couche métier et la base de données sont conservés.

Il existe déjà des frameworks ou des technologies pour concevoir des RIA (Ajax, Xul, OpenLaszlo, etc.). Qu'est-ce qui démarque Flex de ces derniers ?

Plusieurs points démarquent Flex des autres technologies de RIA.

Le grand point fort d’une RIA développée avec Flex, c’est la possibilité d’exploiter au maximum les capacités du Flash Player 9. Son taux de pénétration est record (déjà plus d’un ordinateur sur deux est en version 9) et ses performances sont redoutables. Il propose une capacité de calcul côté client inégalée et bien supérieure au moteur JavaScript utilisé par les applications Ajax : afficher de la vidéo en temps réel (webcam), jouer du MP3 en streaming, dessiner côté client (tracé sur une carte par exemple), etc. Cette puissance n’est donc plus réservées uniquement aux « Flasheurs », elle est désormais à la portée des développeurs d’applications.

Le second point fort selon moi, c’est Adobe. Adobe est un éditeur reconnu pour son sens de l’innovation. Les fonctionnalités introduites dans Flex à chaque nouvelle version sont tout simplement pertinentes et toujours bien accueillies par les développeurs. Flex 2 est un framework professionnel, supporté et maintenu par un grand éditeur, et très évolutif. Flex Data Services est une application J2EE qui garantit l’évolution des applications riches dans des projets à grande échelle : messaging, optimisation des flux de données, push de données, etc. De nombreuses grandes entreprises nous font déjà confiance. Et ce n’est qu’un début !

Ceci étant dit, nous ne considérons pas Flex comme une technologie concurrente d’Ajax. Au contraire, elles sont complémentaires. Nous avons à ce sujet publié des « ponts » sur Adobe Labs qui indiquent comment insérer une application Flex dans une page Ajax et comment assurer leur communication. Ces ponts sont très appréciés des équipes qui souhaitent effectuer une migration douce du web vers la RIA. D’autres équipes, choisissent de tout redévelopper en Flex et de s’affranchir ainsi des problèmes de compatibilités entre navigateurs. C’est très variable suivant les profils des développeurs. Les développeurs issus du web seront de prime abord plus rassurés par Ajax, les développeurs issus du monde Java ou objet préfèreront Flex. Une étude indépendante de Forrester Consulting confirme cette tendance.

Dernièrement, Microsoft se positionne comme un concurrent sérieux d'Adobe, notamment avec sa gamme de logiciels Expression et sa brique d'interface Windows Presentation Foundation. Comment vois-tu ce concurrent ? 

Adobe est reconnu comme étant l’éditeur leader et le plus innovant sur le marché des créatifs, tout comme sur le marché des technologies web (depuis l’acquisition de Macromedia), et cela depuis plusieurs années.

Microsoft bénéficie d’une grande communauté de développeurs. Je pense qu’une partie de cette communauté va naturellement se pencher vers Windows Presentation Foundation. Par contre, le réel défi pour Microsoft réside dans le déploiement de leur client WPF/E. Le Flash Player est déjà un standard de fait, présent sur 99% des ordinateurs et multiplateformes.

Le fait que Microsoft se lance sur ce marché pour moi est un signal positif car il me conforte dans l’idée que la RIA et la RDA ne sont pas des effets de modes, mais bien des témoins d’une réelle révolution dans les rapports entre les utilisateurs et les services informatiques.

L'année 2006 a été marquée par l'arrivée en force des applications internet riches. En 2007, on parle déjà des applications riches de bureau. Il semblerait qu'on arrive à l'avènement d'une ère centrée sur l'ergonomie, l'utilisabilité, etc. Pourrais-tu nous décrire ce qu'Adobe peut apporter dans ce domaine ?

En fait, si nous entendons parler aujourd’hui d’ergonomie et d’utilisabilité, c’est surtout lié à un constat social. Les utilisateurs étaient jusqu’à présent prêts à subir les limites technologiques imposées par le web et les navigateurs. Désormais, l’utilisateur est mûr et surtout demandeur d’interfaces plus productives et ergonomiques.

Flex est un environnement qui fournit de nombreux composants d’interface ergonomiques. La grande force de Flex, c’est que vous pouvez étendre ces composants (apparence, comportement…) voire même créer de nouveaux codes d’interfaces. Votre sensibilité créatrice ne sera plus jamais limitée par la technologique.

Nous sommes aussi conscients d’un second enjeu majeur. Comment faire travailler efficacement ensemble les équipes de designers et les développeurs. Cet enjeu est stratégique pour Adobe et je peux déjà vous annoncer que l’année 2007 sera riche en annonces.

On parle beaucoup d'Apollo en ce moment (j'y ai notamment consacré quelques articles), et pourtant il y a encore de nombreux points flous sur cette technologie toute neuve. Que peux-tu nous dire dessus ?

Une nouvelle tendance poussée par les utilisateurs consiste à vouloir s’affranchir du navigateur Internet. C’est ce qui explique le succès des widgets, des applications riches connectées à des services Internet mais totalement indépendantes du navigateur. Cette tendance annonce l’arrivée d’un nouveau type d’applications, les RDA (Rich Desktop Applications). Apollo sera un SDK Adobe, qui permettra de réaliser des RDA. C’est en fait une extension du SDK Flex, puisqu’il introduira de nouvelles classes capables de gérer la lecture et l’écriture de fichiers en local (une révolution dans l’univers Flash), la gestion de la fenêtre (icône, minimisation dans la barre des tâches, fermeture…) et la gestion du mode déconnecté avec des événements de resynchronisation.

La mise à jour du Flex Builder 2.0.1 est déjà conçue pour accepter les extensions Apollo. Je vous demanderai juste de patienter encore quelques semaines. Nous allons en effet poster une béta publique du SDK Apollo sur http://labs.adobe.com.

Quel avenir prédis-tu aux Rich Internet Applications et aux Rich Desktop Applications ?

Les RIA, c’est du présent. De nombreuses applications riches sont déployées en interne chez les entreprises pour augmenter la productivité des utilisateurs. Un des domaines très en vogue actuellement est l’utilisation d’application Flex pour simplifier la représentation de données complexes (tableaux de bords, BI…).

Pour la RDA, la révolution est en marche. Le succès des widgets nous signale que les utilisateurs sont demandeurs d’applications sur leur bureau, capables de se lancer en dehors du navigateur et en étant déconnectés. Il existe un réel enjeu : proposer des interfaces claires pour consommer, manipuler et mettre à jour des données d’un système d’informations d’une entreprise. Tous les grands fournisseurs de services sont déjà en phase de développement de RDA. 

Flex est le premier FrameWork qui réunit les deux mondes : RIA et RDA. En effet, Apollo ne sera qu’une extension. Donc si vous souhaitez vous lancer dans le développement d’applications RDA, lancez-vous dès aujourd’hui sur Flex.

As-tu quelque chose a rajouter ou une dernière nouveauté à nous faire découvrir ?

Tout d’abord merci pour cette interview. Longue vie à ton blog que je parcours régulièrement ! Une petite exclu ? ...Flex 3 devrait voir le jour avant la fin de l’année 2007 et sera toujours dédié à la création d’applications riches pour la version 9 du player Flash.


Merci encore à toi Michael pour tes réponses et ta rapidité ! J'espère vous proposer d'autres interviews très prochainement.

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